Quand tu nous prends… Littérature!

Par Amina Dakhia-Benelhadj

Archive pour la catégorie '3ème année: Littérature du Tiers Monde'

T.D. 03 : Cahier d’un retour au pays natal

Posté : 13 février, 2009 @ 9:00 dans 3ème année: Littérature du Tiers Monde | Pas de commentaires »

ô lumière amicale
ô fraîche source de la lumière
ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité
ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre
gibbosité d’autant plus bienfaisante que la terre déserte
davantage la terre
silo où se préserve et mûrit ce que la terre a de plus terre
ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’œil mort de la terre
ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale
 

elle plonge dans la chair rouge du sol elle plonge dans la chair ardente du ciel 

elle troue l’accablement opaque de sa droite patience. 

Eia pour le Kaïlcédrat royal ! Eia pour ceux qui n’ont jamais rien inventé 

pour ceux qui n’ont jamais rien exploré pour ceux qui n’ont jamais rien dompté 

mais ils s’abandonnent, saisis, à l’essence de toute chose 

ignorants des surfaces mais saisis par le mouvement de toute chose insoucieux de dompter, mais jouant le jeu du monde 

véritablement les fils aînés du monde poreux à tous les souffles du monde 

aire fraternelle de tous les souffles du monde lit sans drain de toutes les eaux du monde 

étincelle du feu sacré du monde chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde ! 

Tiède petit matin de vertus ancestrales Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil 

ceux qui savent la féminité de la lune au corps d’huile l’exaltation réconciliée de l’antilope et de l’étoile 

ceux dont la survie chemine en la germination de l’herbe ! Eia parfait cercle du monde et close concordance 

Écoutez le monde blanc 

horriblement las de son effort immense ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures 

ses raideurs d’acier bleu transperçant la chair mystique écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites 

écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs ! 

(…)
Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?

Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d’une forêt de bêtes traquées de machines tordues d’un jujubier de chairs pourries d’un panier d’huîtres d’yeux d’un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d’une peau d’homme j’aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu’à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes. 

Cahier d’un retour au pays natal 

Aimé CÉSAIRE
(1939) 
L’auteur : Aimé Césaire, de son nom complet Aimé Fernand David Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique) et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France[1], est un poète et homme politique français. Il est l’un des fondateurs du mouvement littéraire de la négritude et un anticolonialiste résolu. 

En septembre 1931, il arrive à Paris en tant que boursier du gouvernement français pour entrer en classe d’hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand où, dès le premier jour, il rencontre Léopold Sédar Senghor, avec qui il noue une amitié qui durera jusqu’à la mort de ce dernier. 

En septembre 1934, Césaire fonde, avec d’autres étudiants antillo-guyanais et africains le journal L’Étudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de « Négritude ». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et à promouvoir l’Afrique et sa culture, dévalorisées par le racisme issu de l’idéologie colonialisteLe 8 avril 2008, il est hospitalisé au CHU Pierre Zobda Quitman de Fort-de-France pour des problèmes cardiaques. Son état de santé s’y aggrave et il décède le 17 avril 2008 au matin[]

L’Etudiant noir : 

L’Etudiant noir est une revue créée par le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon Gontran Damas dans les années 1930 à Paris où ils étaient alors étudiants. Le seul numéro de la revue est paru le 1er septembre 1934

C’est dans ces pages que Léopold Sédar Senghor exprimera pour la première fois, dans un article intitulé « Négrerie », son concept de négritude, qu’il reprendra dans toute son œuvre. Cahier d’un retour au pays natal 

(Paris 1939. Revue Volontés – Préface d’André BRETON 1947 – Réédition 1956 – Présence Africaine) Le livre matrice d’où sortira toute la production future. Livre où un poète découvre ce qui est à lui : 

- Une terre : les Antilles - Une origine : l’Afrique 

- Une histoire : celle des communautés noires et des opprimés du monde entier - Une vocation : celle de s’atteler à réhabiliter la justice et la fraternité universelles 

Il y a dans le cahier un essentiel effort d’approfondissement et de libération. Ce n’est pas hasard que tous les mouvements de libération nationale du tiers-monde aient puisé dans cet ouvrage leur force d’inspiration Etude de l’extrait : 

Mots difficiles : -               Gibbosité : bosse au dos / dos courbé 

-               Silo : réservoir destiné au stockage des céréales. -               Ruée : le fait de se précipiter en nombre vers un même lieu. 

-               Taie : opacité cicatricielle de la cornée. -               Eia : Une sorte de Hourras ! 

-               Kaïlcédrat : un arbre-fétiche de l’Afrique ancestrale -               Drain : Tuyau de terre cuite avec une solution de continuité sur le dessus, servant à recevoir l’eau dans l’opération du drainage. Drainage :d’assainir les terres trop humides 

-               Mystique : Qui a un caractère de spiritualité allégorique, en parlant des choses de la religion -               Proditoire : Qui a le caractère de la trahison 

-               Trompeter : Sommer de comparaître, en parlant des personnes que l’on assignait autrefois au son de la trompe ou trompette. -               Homme-cafre : Le terme cafre ou caffre désigne les Noirs de la Cafrerie [partie de l’Afrique australe (L’Afrique australe est constituée de l’ensemble des territoires situés au sud de la forêt équatoriale africaine. On y rattache également les îles africaines du sud-ouest de l’océan Indien autour de Madagascar (du canal du Mozambique aux îles Maurice et de la Réunion), ainsi que les îles africaines du sud-est de l’océan Atlantique.][] 

-               Homme-hindou-de-Calcutta : le 8 juin 1848, le Calcutta navire qui arrive de bordeaux, apporte la confirmation officielle du changement de régime. Le lendemain la République est proclamée. -               Un homme-pogrom :  Massacre organisé contre une communauté ethnique ou religieuse 

-               Un mendigot : Mendiant, gueux -               Hottentot : peuple vivant dans le sud de la Namibie et le nord-ouest de lAfrique du Sud. 

-               Frénétique : violent, passionné -               Jujubier : Arbuste cultivé dans les régions méditerranéennes et tropicales. 

-               Lacis : réseau / Labyrinthe -               Sisal : Fibre textile issue d’une plante qui se nomme agave. 

-               Mentule : sangsue de la mer. Bâton. -               Cécropies : arbres lactescents des Antilles à tige creuse et renflée aux articulations. 

Analyse de l’Extrait : 

-         C’est un poème en vers libres et en strophes irrégulières, où la ponctuation est intermittente. 

-         Dès le début et tout au long du poème, le poème est une invocation, une acclamation émues de la beauté du pays. Quelques anaphores sont employées pour servir cette dimension nationnaliste. -         Nous pouvons relever dans cet extrait un jeu d’oppositions des valeurs blanches dépréciées aux valeurs noires valorisées. En effet, il est question de l’éloge et de la revendication de la négritude qui a, selon le poète, une connaissance vitale du monde, ainsi que de la dénonciation de l’Europe qui malgré la connaissance du monde se trouve agonisante. 

-         Le poème commence par reconnaître les carences de ceux, c’est-à-dire les Noirs. Ils n’ont pas inventé la poudre, ils ne se sont pas souciés du développement scientifique et technique ; ils n’ont pas cherché la conquête. Ces expressions qui par définition sont méprisante sont ici employées habilement et retournent complètement les sens pour mettre en avant un peuple qui, en plus de son pacifisme, est l’essence même de la terre, le sol et la nature. Eux qui ont connu la gibbosité dans l’esclavage. -         La richesse de la terre des noires est exprimée à travers des mots comme silo. 

-         Avant de parler de ce qu’est se négritude, commence par dire ce qu’elle n’est pas : fermée sur elle-même, soit par la surdité de la pierre qui ne répondrait pas à la clameur du jour qui vient de l’Occident ; soit par l’aveuglement que causerait une taie qui viendrait fermer cet oeil de la Terre, de ce fait, un oeil mort). -         La définition positive de la négritude est isolée dans la strophe formée par les vers 12, 13 et 14 où elle apparaît d’abord comme se nourrissant à la fois du sol et du ciel, tous deux de véritables chairs qui sont reliées. Celle qui constitue le sol est rouge, parce que, dans les pays tropicaux, il est fait de latérite (roche rougeâtre), riche en alumine et en oxyde de fer. Le vers 14 semblant présenter une inversion (de sa droite patience, elle troue l’accablement opaque) le poète attribue à la négritude la droite patience et à l’Occident l’accablement opaque.  

-         Eia étant une sorte de Hourra, et le Kaïlcédrat royal, un arbre-fétiche de l’Afrique ancestrale, la strophe 17 reprend la glorification des Noirs déjà exprimée aux vers 3, 4,5. -         À la strophe 4 se continue l’alternance entre les éléments négatifs et les éléments positifs mais, cette fois-ci, le mouvement positif s’amplifie. Tandis que les Occidentaux ne s’intéressent qu’aux surfaces, les Noirs sont considérés comme seuls capables de s’abandonner à l’essence de toute chose. 

-         La suite est construite sur une référence au monde qui n’est pas différent de la terre évoquée précédemment mais avec cette fois, la prétention d’être les fils aînés du monde (peut-être par opposition moqueuse à la formule consacrée : la France, fille aînée de l’Église?). -         Les nègres sont poreux à tous les souffles du monde répond à la pierre sourde évoquée précédemment. L’idée de l’aire fraternelle, ouverte aux souffles du monde, du lit sans drain de toutes les eaux du monde. 

-         Le vers 28 a un caractère particulier, tant par cette exclamation isolée que par la correspondance qui est établie entre l’ambiance physique et l’ambiance morale du pays natal. -         L’invocation au sang, du vers 30, est la suite logique du vers 2. Le mouvement même du monde, qui est celui du sang, est élargi au système solaire, vision fantastique.  

-         On retrouve une sexualisation du soleil et de la lune qui est traditionnelle dans presque toutes les cultures, mais le poète affirme la masculinité et la féminité entières des Noirs. -         L’exaltation réconciliée est plutôt la réconciliation exaltante de l’antilope et l’étoile qui pourraient être les symboles de la masculinité et de la féminité. 

-         nature. -         La dernière strophe décrit directement le monde occidental pour le condamner en traduisant la fatigue, la rigidité, l’insensibilité au cosmos, la mécanisation robotique, du monde occidental.  

-         Puis, passant du vouvoiement d’écoutez, qui s’adresse à tous, au tutoiement d’écoute, qui ne s’adresse qu’à un frère, le poète le condamne inéluctablement, car les victoires proditoires ne peuvent conduire qu’à des défaites.. Déjà il trébuche sur les alibis grandioses (ceux de la civilisation, de la foi, de la raison, etc.) qu’il se donne pour justifier son colonialisme. -         Le dernier vers est quant à lui marqué par une ironie. 

 

T.D. 02 : Portrait du colonisé

Posté : 13 février, 2009 @ 8:46 dans 3ème année: Littérature du Tiers Monde | Pas de commentaires »

 « La société coloniale ne peut intégrer les [indigènes] sans se détruire ; il faudra donc qu’ils retrouvent leur unité contre elle. Ces exclus revendiqueront leur exclusion sous le nom de personnalité nationale : c’est le colonialisme qui crée le patriotisme des colonisés. Maintenus par un système oppressif au niveau de la bête, on ne leur donne aucun droit, pas même celui de vivre, et leur condition empire chaque jour : quand un peuple n’a d’autre ressource que de choisir son genre de mort, quand il n’a reçu de ses oppresseurs qu’un seul cadeau, le désespoir, qu’est-ce qui lui reste à perdre ? C’est son malheur qui deviendra son courage ; cet éternel refus que la colonisation lui oppose, il en fera le refus absolu de la colonisation. » 

Jean-Paul Sartre | Préface au Portrait du colonisé 

d’Albert Memmi (1957) 

 

Que reste-t-il alors à faire au colonisé ? Ne pouvant quitter sa condition dans l’accord et la communion avec le colonisateur, il essaiera de se libérer contre lui : il va se révolter. 

Loin de s’étonner des révoltes colonisées, on peut être surpris, au contraire, qu’elles ne soient pas plus fréquentes et plus violentes. En vérité, le colonisateur y veille : stérilisation continue des élites, destruction périodique de celles qui arrivent malgré tout à surgir, par corruption ou oppression policière ; avortement par provocation de tout mouvement populaire et son écrasement brutal et rapide. Nous avons noté aussi l’hésitation du colonisé lui-même, l’insuffisance et l’ambiguïté d’une agressivité de vaincu qui, malgré soi, admire son vainqueur, l’espoir longtemps tenace que la toute-puissance du colonisateur accoucherait d’une toute-bonté. 

Mais la révolte est la seule issue à la situation coloniale, qui ne soit pas un trompe-l’oeil, et le colonisé le découvre tôt ou tard. Sa condition est absolue et réclame une solution absolue, une rupture et non un compromis. Il a été arraché de son passé et stoppé dans son avenir, ses traditions agonisent et il perd l’espoir d’acquérir une nouvelle culture, il n’a ni langue, ni drapeau, ni technique, ni existence nationale ni internationale, ni droits, ni devoirs : il ne possède rien, n’est plus rien et n’espère plus rien. De plus, la solution est tous les jours plus urgente, tous les jours nécessairement plus radicale. Le mécanisme de néantisation du colonisé, mis en marche par le colonisateur, ne peut que s’aggraver tous les jours. Plus l’oppression augmente, plus le colonisateur a besoin de justification, plus il doit avilir le colonisé, plus il se sent coupable, plus il doit se justifier, etc. Comment en sortir sinon par la rupture, l’éclatement, tous les jours plus explosif, de ce cercle infernal ? La situation coloniale, par sa propre fatalité intérieure, appelle la révolte. Car la condition coloniale ne peut être aménagée ; tel un carcan, elle ne peut qu’être brisée. 

(…) S’acceptant comme colonisateur, le colonialiste accepte en même temps, même s’il a décidé de passer outre, ce que ce rôle implique de blâme, aux yeux des autres et aux siens propres. Cette décision ne lui rapporte nullement une bienheureuse et définitive tranquillité d’âme. Au contraire, l’effort qu’il fera pour surmonter cette ambiguïté nous donnera une des clefs de sa compréhension. Et les relations humaines en colonie auraient peut-être été meilleures, moins accablantes pour le colonisé, si le colonialiste avait été convaincu de sa légitimité. 

En somme, le problème posé au colonisateur qui se refuse est le même que pour celui qui s’accepte. Seules leurs solutions diffèrent : celle du colonisateur qui s’accepte le transforme immanquablement en colonialiste. 

De cette assomption de soi-même et de sa situation, vont découler en effet plusieurs traits que l’on peut grouper en un ensemble cohérent. Cette constellation, nous proposons de l’appeler : le rôle de l’usurpateur (ou encore le complexe de Néron). 

S’accepter comme colonisateur, ce serait essentiellement, avons- nous dit, s’accepter comme privilégié non légitime, c’est-à-dire comme usurpateur. L’usurpateur, certes, revendique sa place, et, au besoin, la défendra par tous les moyens. Mais, il l’admet, il revendique une place usurpée. C’est dire qu’au moment même où il triomphe, il admet que triomphe de lui une image qu’il condamne. Sa victoire de fait ne le comblera donc jamais : il lui reste à l’inscrire dans les lois et dans la morale. Il lui faudrait pour cela en convaincre les autres, sinon lui-même. Il a besoin, en somme, pour en jouir complètement, de se laver de sa victoire, et des conditions dans lesquelles elle fut obtenue. D’où son acharnement, étonnant chez un vainqueur, sur d’apparentes futilités : il s’efforce de falsifier l’histoire, il fait récrire les textes, il éteindrait des mémoires. N’importe quoi, pour arriver à transformer son usurpation en légitimité. 

Comment ? Comment l’usurpation peut-elle essayer de passer pour légitimité ? Deux démarches semblent possibles : démontrer les mérites de l’usurpateur, si éminents qu’ils appellent une telle récompense ; ou insister sur les démérites de l’usurpé, si profonds qu’ils ne peuvent que susciter une telle disgrâce. Et ces deux efforts sont en fait inséparables. Son inquiétude, sa soif de justification exigent de l’usurpateur, à la fois, qu’il se porte lui-même aux nues, et qu’il enfonce l’usurpé plus bas que terre. 

(…) Ce qu’est véritablement le colonisé importe peu au colonisateur. Loin de vouloir saisir le colonisé dans sa réalité, il est préoccupé de lui faire subir cette indispensable transformation. Et le mécanisme de ce repétrissage du colonisé est lui-même éclairant. 

(…) Ainsi s’effritent, l’une après l’autre, toutes les qualités qui font du colonisé un homme. Et l’humanité du colonisé, refusée par le colonisateur, lui devient en effet opaque. Il est vain, prétend-il, de chercher à prévoir les conduites du colonisé (« Ils sont imprévisibles ! » … « Avec eux, on ne sait jamais ! »). Une étrange et inquiétante impulsivité lui semble commander le colonisé. Il faut que le colonisé soit bien étrange, en vérité, pour qu’il demeure si mystérieux après tant d’années de cohabitation… ou il faut penser que le colonisateur a de fortes raisons de tenir à cette illisibilité. 

(…) Enfin le colonisateur dénie au colonisé le droit le plus précieux reconnu à la majorité des hommes : la liberté. Les conditions de vie faites au colonisé par la colonisation n’en tiennent aucun compte, ne la supposent même pas. Le colonisé ne dispose d’aucune issue pour quitter son état de malheur : ni d’une issue juridique (la naturalisation) ni d’une issue mystique (la conversion religieuse) : le colonisé n’est pas libre de se choisir colonisé ou non colonisé. Que peut-il lui rester, au terme de cet effort obstiné de dénaturation ? Il n’est sûrement plus qu’un alter ego du colonisateur. C’est à peine encore un être humain. Il tend rapidement vers l’objet. A la limite, ambition suprême du colonisateur, il devrait ne plus exister qu’en fonction des besoins du colonisateur, c’est-à-dire s’être transformé en colonisé pur. 

On voit l’extraordinaire efficacité de cette opération. Quel devoir sérieux a-t-on envers un animal ou une chose, à quoi ressemble de plus en plus le colonisé ? On comprend alors que le colonisateur puisse se permettre des attitudes, des jugements tellement scandaleux. Un colonisé conduisant une voiture est un spectacle auquel le colonisateur refuse de s’habituer ; il lui dénie toute normalité, comme pour une pantomime simiesque. Un accident, même grave, qui atteint le colonisé, fait presque rire. Une mitraillade dans une foule colonisée lui fait hausser les épaules. D’ailleurs, une mère indigène pleurant la mort de son fils, une femme indigène pleurant son mari, ne lui rappellent que vaguement la douleur d’une mère ou d’une épouse. Ces cris désordonnés, ces gestes insolites, suffiraient à refroidir sa compassion, si elle venait à naître. 

(…) Il est remarquable que le racisme fasse partie de tous les colonialismes, sous toutes les latitudes. Ce n’est pas une coïncidence : le racisme résume et symbolise la relation fondamentale qui unit colonialiste et colonisé. (…). Or, l’analyse de l’attitude raciste révèle trois éléments importants : 

1. Découvrir et mettre en évidence les différences entre colonisateur et colonisé.
2. Valoriser ces différences, au profit du colonisateur et au détriment du colonisé.
3. Porter ces différences à l’absolu, en affirmant qu’elles sont définitives. 

(…) Ayant instauré ce nouvel ordre moral où par définition il est maître et innocent, le colonialiste se serait enfin donné l’absolution. Faut-il encore que cet ordre ne soit pas remis en question par les autres, et surtout par le colonisé. 

Albert Memmi | Portrait du colonisé| 

(Extraits)|1957 

 

Auteur : 

Albert Memmi est né le 15 décembre 1920 à Tunis pendant la période de la colonisation française. Il est écrivain et essayiste franco-tunisien

Issu d’une famille juive de langue maternelle arabe, Albert Memmi est formé par l’école française, d’abord au Lycée Carnot de Tunis puis à l’Université d’Alger, où il étudie la philosophie, et enfin à la Sorbonne. Memmi se trouve au carrefour de trois cultures et construit son œuvre sur la difficulté de trouver un équilibre entre Orient et Occident. 

Il publie son premier roman largement autobiographique, La Statue de sel, en 1953 avec une préface d’Albert Camus. Son œuvre la plus connue est un essai théorique préfacé par Jean-Paul Sartre : Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur publié en 1957 et qui apparaît, à l’époque, comme un soutien aux mouvements indépendantistes. 

Cette œuvre montre comment la relation entre colonisateur et colonisé les conditionne l’un et l’autre. Il est aussi connu pour l’Anthologie des littératures maghrébines publiée en 1965 (tome I) et 1969 (tome II). 

Quelques concepts : 

1- Le concept de judéité : 

Au début des années 1970, Albert Memmi réfléchit sur ce qu’être Juif. Il fonde alors le concept de judéité comme base de son travail d’exploration de l’être juif. Ce concept, dont il jeta les bases, sera ensuite utilisé par de nombreux philosophes. 

2- Le concept de hétérophobie : 

Dans son livre Le racisme, Albert Memmi développe le concept d’hétérophobie : « Le refus d’autrui au nom de n’importe quelle différence ». Ce terme désigne la peur diffuse et agressive d’autrui pouvant se transformer en violence physique. Le racisme est une expression particulière de l’hétérophobie. 

Bibliographie : 

1-     La Statue de sel, roman, éd. Corréa, Paris, 1953 

2-     Agar, éd. Corréa, Paris, 1955 

3-     Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur, éd. Buchet/Chastel, Paris, 1957. 

4-     Portrait d’un juif, éd. Gallimard, Paris, 1962 

5-     Anthologie des écrivains maghrébins d’expression française, éd. Présence africaine, Paris, 1964. 

6-     La Libération du juif, éd. Payot, 1966 

7-     L’Homme dominé, éd. Gallimard, Paris, 1968 

8-     Le Scorpion ou la confession imaginaire, éd. Gallimard, Paris, 1969 

9-     Juifs et Arabes, éd. Gallimard, Paris, 1974 

10- Le Désert, ou la vie et les aventures de Jubaïr Ouali El-Mammi, éd. Gallimard, Paris, 1977 

11- La Dépendance, esquisse pour un portrait du dépendant, éd. Gallimard, Paris, 1979 

12- Le Mirliton du ciel, éd. Lahabé, Paris, 1985 

13- Ce que je crois, éd. Fasquelle, Paris, 1985 

14- Le Pharaon, éd. Julliard, Paris, 1988 

15- L’Exercice du bonheur, éd. Arléa, Paris, 1994 

16- Le Racisme, éd. Gallimard, Paris, 1994 

17- Le Juif et l’Autre, éd. Christian de Bartillat, Paris, 1996 

18- Le Nomade immobile, éd. Arléa, Paris, 2000 

19- Dictionnaire critique à l’usage des incrédules, éd. du Félin, Paris, 2002 

20- Portrait du décolonisé arabo-musulman et de quelques autres, éd. Gallimard, Paris, 2004. 

Mots difficiles :

     -         Carcan : Ce qui emprisonne les libertés individuelles. 

-         Assomption : Acceptation de ce que l’on est de ce que l’on désire. 

-         S’effriter : se détruire peu à peu par l’usure du temps. 

-         Pantomime : Exprimer par les gestes. 

-         Simiesque : qui rappelle le singe

L’œuvre : 

        Cette œuvre a été publié en 1957, soit une année après l’indépendance tunisienne. Da part ses origines juives, l’auteur fût en quelque sorte un indigène privilégié. En cela qu’il était « une espèce de métis de la colonisation, qui comprenait tout le monde parce qu’il n’était totalement de personne ». 

Cette compréhension, lui valut l’écriture d’un ouvrage remarquable qui prend en charge l’analyse de deux portraits : celui du colonisé et celui du colonisateur. Deux faces d’une même réalité. 

A cause de leur non légitimité, les colons sont tous des usurpateurs et des privilégiés par rapport aux indigènes. Tous jusqu’au « petit blanc », jusqu’au colon « de bonne volonté ». 

Cet état psychologique de mauvaise conscience fait tomber l’homme de gauche dans une situation embarrassante vu sa contradiction, notamment vis-à-vis des revendications nationalistes des colonisés. Une médiocrité qui le pousse à essayer de revendiquer et de justifier vis-à-vis de sa propre personne son comportement d’usurpateur immoral. C’est ce que Memmi nomme le « complexe de Néron ». 

Albert Memmi fait également état de cet autre portrait psychologique du colonisé dépourvu de tous ses droits dans la soumission et l’humiliation au point de conformer dans ce miroir qu’on lui tend. Mais ce n’est qu’un leurre car la révolte est inévitable et pour cela l’élite recoure nécessairement aux valeurs, notamment de tradition, de religion, de famille etc.

T.D. 01: La Grande Maison

Posté : 19 janvier, 2009 @ 5:56 dans 3ème année: Littérature du Tiers Monde | 4 commentaires »

« Les yeux immenses de Veste-de-kaki exprimaient une interrogation avide de bête apeurée. Omar y lisait l’attente, l’espoir frémissant, l’inquiétude. Mais peu à peu, un sourie l’illumina. Deux rides dures naquirent sous les ailettes de son nez et lui étirèrent le visage.  Omar vint droit vers lui. Il mit quelque chose dans sa petite patte étroite. L’enfant plongea es regards dans les siens sans rien dire. -          Ferme les yeux et ouvre la bouche, ordonna omar.  Confiant, Veste-de-kaki ferma les yeux et ouvrit la bouche. Omar retira sa main prestement du fond d’une poche et lui déposa un bonbon sur la langue. Et il disparut. 

Omar ni personne n’osait toucher, sans encourir de grands châtiment de la main des maîtres, les quelques fils de négociants, de propriétaires, de fonctionnaires qui fréquentaient l’école. On risquait beaucoup à les attaquer : ceux-là avaient leurs courtisans parmi les élèves et les instituteurs.  L’un d’eux, Driss Bel Khoudja, un garçon bête et fier, n’exhibait à chaque récréation pas seulement du pain, ce qui était déjà beaucoup, mais encore des gâteaux et des confiseries. Il s’adossait à un mur, ses hommes-liges autour de lui, et bâfrait posément. De temps en temps, quelqu’un se baissait pour ramasser des miettes qui tombaient. On n’avait jamais vu Driss faire le geste de donner : Omar ne comprenait pas pourquoi tous l’entouraient ainsi. Etait-ce l’obscur respect que leur inspirait un être qui mangeait chaque jour à sa faim ? Etaient-ils fascinés par la puissance sacrée, incarnée en cet enfant mou et sot ? Driss avait un camarade qui se chargeait de son sac en cuir, à broderie d’argent et d’or, à la sortie de quatre heures. D’autres, quand approchait l’heure d’entrer en classe, allaient le chercher et lui tenaient compagnie en chemin. Ils ne se séparaient de lui que lorsque la cloche sonnait. C’était à qui se mettrait à ses côtés, à qui poserait une main sur son épaule.  Il avait coutumes d’acheter ses tarraïcos (1), du calentica (2), des piroulis, il possédait même de l’argent ! Aux petits marchands qui s’installaient dans la rue noire d’écoliers, un peu avant une heure, il prenait cinq ou six cornets de torraïcos, distribuait un grain à chacun de ses compagnons. Si ceux-ci se plaignaient, ou se moquaient, il geignait plus fort qu’eux : 

-          Et moi, que vas-t-il me rester ? Vous voulez que je vous donne tout ?  Chaque matin invariablement, il racontait après s’être empiffré ce qu’il avait mangé la veille. Et, à la récréation de l’après-midi, son repas du jours. Il n’était question que de quartiers de mouton rôtis au four, de poulet, de couscous au beurre et au sucre, de gâteaux aux amandes et au miel dont on avait jamais entendu les noms : cela pouvait-il être vrai ? Il n’exagérait peut-être pas cet imbécile !… Les enfants, devant toutes ces victuailles qui hantaient ses discours, ébahis, demeuraient l’air perdu. Et lui, récitait toujours l’incroyable litanie des mets qu’il avait dégustés. Tous les yeux, levés vers lui le scrutaient bizarrement. Quelqu’un, haletant, hasardait :  -          Tu as mangé tout seul un morceau de viande grand comme ça ? -          J’ai mangé un morceau de viande grand comme ça. 

-          Et des pruneaux ? -          Et des pruneaux  -          Et de l’omelette aux pommes de terre ? 

-          Et de l’omelette aux pommes de terre.  -          Et des petits pois à la viande ? -          Et des petits pois à la viande. Et des bananes.  Celui qui avait posé ses questions se taisait. 

-          Et des bananes ?  (…) A peine s’emboîtèrent-ils dans leurs pupitres que le maître, d’une voix claironnante, respirer, les élèves se transformaient en de merveilleux santons. Mais en dépit de leur immobilité et de leur application, il flottait une joie légère, aérienne, dansante comme une lumière.              M. Hassan, satisfait, marcha jusqu’à son bureau, ou il feuilleta un gros cahier. Il proclama : 

- La Patrie.              L’indifférence accueillit cette nouvelle. On ne comprit pas. Le mot, campé en l’air, se balançait. -          Qui d’entre vous sait ce que veut dire : Patrie ?  Quelques remous troublèrent le calme de la classe. La baguette claqua sur un des pupitres, ramenant l’ordre. Les élèvent cherchèrent autour d’eux, leurs regards se promenèrent entre les tables, sur les murs, à travers les fenêtres, ai plafond, sur la figure du maître ; il apparut avec évidence qu’elle n’était pas là. Patrie n’était pas dans la classe. Les élèves se dévisagèrent certains se plaçaient hors du débat et patiente benoîtement. 

Brahim Bali pointa le doigt en l’air. Tiens, celui-là ! Il savait donc ? Bien sûr. Il redoublait, il était au courant.  -          La France est notre mère Patrie, ânonna Brahim. Son ton nasillard était celui que prenait tout élève pendant la lecture. Entendant cela, tous firent claquer leurs doigts, tous voulaient parler maintenant. Sans permission, ils répétèrent à l’envi la même phrase.  Les élèves serrés, Omar pétrissait une petite boule de pain dans sa bouche. La France, capital Paris. Il savait ça. Les Français qu’on aperçoit en ville, viennent de ce pays. Pour y aller ou en revenir, il faut traverser la mer, prendre le bateau… la mer : la mer Méditerranée. Jamais vu la mer, ni un bateau. Mais il sait : une très grande étendue d’eau salée et une sorte de planche flottante. La France, un dessin en plusieurs couleurs. Comment ce pays si lointain est-il sa mère ? Sa mère est à la maison, c’est Aïni ; il n’en a pas deux. Aïni n’est pas la France. Rien de commun. Omar venait de surprendre un mensonge. Patrie ou pas patrie, la France n’était pas sa mère. Il apprenait des mensonges pour éviter la fameuse baguette d’olivier. C’était ça les études. Les rédactions : décrivez une veillée au coin du feu… pour les mettre en train, M. Hassan leur faisait des lecture où il était question d’enfants qui penchent studieusement sur leurs livres. La lampe projette sa clarté sur la table. Papa enfoncé dans fauteuil, lit son journal et maman fait de la broderie. Alors Omar était obligé de mentir. Il complétait le feu qui flambe dans la cheminée, le tic tac de la pendule, la douce atmosphère du foyer pendant qu’il pleut, vent et fait nuit dehors. Ah ! Comme on se sent bien chez soi au coin du feu ! Ainsi : la maison de compagne où vous passez vos vacances. Le lierre grimpe sur la façade ; le ruisseau gazouille dans le pré voisin. L’air est projet urbain, quel bonheur de respirer à pleins poumons ! Ainsi : le laboureur. Joyeux, il pousse sa charrue en chantant, accompagnée par les trilles de l’alouette. Ainsi : la cuisine. Les rangées de casseroles sont si bien astiquées et si reluisantes qu’on peut s’y mirer. Ainsi : Noël. L’arbre de Noël qu’on plante chez soi, les fils d’or et d’argent, les boules multicolores, les jouets qu’on découvre dans ses chaussures. Ainsi, les gâteaux de l’Aïd-Seghir, le mouton qu’on égorge à l’Aïd-Kebir… ainsi la vie ! 

Les élèves entre eux disaient : celui qui sait le mieux mentir, le mieux arranger son mensonge, est le meilleur de la classe. »Extrait de La Grande Maison, Mohamed Dib, 1953 

(1)   Torraïcos : pois chiches grillés. (2)   Calentica : pâte faite avec de la farine de fèves ou de pois chiches. 

            Résumé Global de l’analyse

Analyse d’un extrait de La Grande Maison de Mohamed Dib 

L’auteur :  Mohammed DIB est né à Tlemcen,  dans l’Ouest de l’Algérie, le 21 juillet 1920, au sein d’une famille bourgoise ruinée,  Il  poursuit des études primaires et secondaires dans sa ville natale, Tlemcen,  puis à Oujda au Maroc. Jusqu’a l’âge de quinze ans, DIB écrit des poèmes et se livre à la peinture. Après il est nommé instituteur à la frontière algéro-marocaine. Puis il est comptable à Oujda dans les bureaux de l’armée, tandis que durant la Deuxième guerre mondiale il est interprète anglais français auprès des armées alliées.  De 1945 à 1947 de retour à sa ville natale, il dessine des maquettes de tapis. En 1950-51 il travaille au journal Alger républicain, écrivant également dans Liberté, journal du Parti communiste Algérien. C’est en 1952 que paraît « la grand maison »  son premier roman dont suivra après « l’incendie » et « le metier à tisser » sa célèbre trilogie. 

Mohammed DIB a débuté par des nouvelles et des poèmes du genre Surréaliste, et c’est le contexte que vivait l’Algérie à l’époque qui le poussa vers le réalisme en écrivant le roman national. Aragon disait  » L’Audace de Mohammed DIB c’est d’avoir entrepris comme si tout était résolu, l’aventure du roman national de l’Algérie ».  Après l’indépendance Mohammed Dib retourne au surréalisme à la mythologie, le roman de DIB est devenu plus mature aux proximités de l’Iliade nous entrevoyant les enfers Kafkaïens. Humaniste, l’écrivain touche le devenir de l’être humain au delà des frontières et des barrières.  La bibliographie : 

- La grande maison -roman -1952
-L’incendie – roman-1954
-Au café – nouvelle- 1957
-Le métier à tisser – roman-1957
-Baba fekran- contes-1959
-Ombre gardienne- poèmes- 1961
-Qui se souvient de la mèr-roman-1962
-Cours sur la rive sauvage- roman-1964
-Le talisman-nouvelles-1966
-La danse du roi- roman-1968
-Formulaires- poèmes-1970
-Le maître de chasse-roman-1973
-Dieu en barbarie-roman-1970
-L’histoire du chat qui boude-contes-1974
-Omneros- poèmes-1975
-Habel-roman-1977
-Feu beau feu- poèmes- 1979
-Mille hourras pour une guerre-théatre-1980
-les terrasses d’orsol -roman-1985
-O vive- poèmes-1987
-Le sommeil d’Eve-roman-1989
-Neiges de marbre-roman-1990
-L’infante Maure-roman-1994
-l’arbre à dires-roman-septembre 1998 

L’œuvre :               La Grande Maison parut en 1953, la même année que La Colline Oubliée de Mouloud Mammeri, et reçut un accueil très favorable auprès des milieux nationalistes qui virent dans la peinture crue des réalités quotidiennes le premier roman algérien engagé.                Par ailleurs, Maurice Nadeau, critique littéraire, normalien et professeur, écrit dans Le Mercure de France que Dib est de tous les romanciers nord-africain, « celui qui risque de nous toucher le plus ».             La Grande Maison a obtenue le Grand Prix Fénéon de la littérature.  Ancrage historique : 

              Dib situe l’action du roman en 1939. Ce dernier a été publié en 1953, dans l’immédiate avant-guerre, au moment où les bruits de sirène des exercices d’alerte emplissent déjà Tlemcen, où l’on parle de Hitler comme d’un sauveur des Arabes et où une ambiance de tension exacerbe les débats.                Pour le jeune Omar, le danger fait irruption dans une ville désertée suite aux hurlements des sirènes. Tandis qu’il court à travers les rues poursuivies par la silhouette du malheur.  Mohammed Dib nomme et décrit, donne un contour aux êtres et à leurs réalités quotidiennes. Roman-tribune qui plaide la cause du colonisé, de sa misère, de sa faim, la Grande Maison ne peut pourtant être réduit à un simple documentaire. Il est le théâtre de consciences naissantes qui s’arrachent à la torpeur, et dit la dépossession des êtres par le heurt de deux systèmes de référence. L’un, dominant, renvoie à un ailleurs et aliène la réalité; l’autre dominé, dégradé, ne parvient encore qu’à troubler le jeu — avant d’y porter l’«incendie». 

L’Extrait :  1- Mots difficiles :  Homme lige : Homme totalement dévoué Bâfrer : Manger goulûment et excessivement. Victuailles : Provisions daliments . Litanie : Enumération longue Trille : son, musique, air 

2- Quelques questions : - Quels sont les temps les plus utilisés dans cet extrait ? (Le passé simple pour l’action et l’imparfait pour la description). 

- Comment se place Omar dans cet Extrait ? (Comme un observateur).  -  Qui est Veste de Kaki ? Comment est-il présenté ? - Comment sont représentés les enfants de l’école ?  - Qui est Driss Belkhoudja ? Comment est-il présenté ? 

- Qui est Brahim Bali ? Comment est-il présenté ?  - Que peut-on conclure de la description de ces trois personnages ? Que représentent-ils ? Développez.  - Que se passe-t-il en classe ?  - Comment Omar régit-il à la notion de Patrie ? Comment la scène est-elle décrite ? 3- Résumé des thèmes abordés dans l’Extrait : 

Dans cet extrait de La Grande Maison (premier volet de la trilogie : La Grande Maison, L’incendie, le Métier à Tisser), il est avant tout question de dénoncer la misère et la pauvreté dont souffre quotidiennement le peuple algérien. Quoi de mieux qu’un échantillon d’enfants pour symboliser cet univers de déséquilibre dans les droits humains. Un déséquilibre tel que la description de veste de Kaki, l’un des enfants qui figure dans le passage, tend vers l’animalité et la déshumanisation.  Né parmi les pauvres, les tendances idéologiques de Mohammed Dib sont fidèlement reflétées dans la vie quotidienne des personnages de ce roman-tribune qui plaide la cause du colonisé. Roman qui baigne au cœur du réalisme et qui vise avant tout une prise de conscience collective de l’usurpation, de la vie, de la terre, de la patrie et de l’identité. Une prise de conscience d’une réalité de dominant et dominée qui donnera naissance à des revendications de plus en plus radicales dans le deuxième volet de la trilogie : L’Incendie. 

 

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