Quand tu nous prends… Littérature!

Par Amina Dakhia-Benelhadj

T.D. 01: La Grande Maison

Classé dans : 3ème année: Littérature du Tiers Monde — 19 janvier, 2009 @ 17:56

« Les yeux immenses de Veste-de-kaki exprimaient une interrogation avide de bête apeurée. Omar y lisait l’attente, l’espoir frémissant, l’inquiétude. Mais peu à peu, un sourie l’illumina. Deux rides dures naquirent sous les ailettes de son nez et lui étirèrent le visage.  Omar vint droit vers lui. Il mit quelque chose dans sa petite patte étroite. L’enfant plongea es regards dans les siens sans rien dire. -          Ferme les yeux et ouvre la bouche, ordonna omar.  Confiant, Veste-de-kaki ferma les yeux et ouvrit la bouche. Omar retira sa main prestement du fond d’une poche et lui déposa un bonbon sur la langue. Et il disparut. 

Omar ni personne n’osait toucher, sans encourir de grands châtiment de la main des maîtres, les quelques fils de négociants, de propriétaires, de fonctionnaires qui fréquentaient l’école. On risquait beaucoup à les attaquer : ceux-là avaient leurs courtisans parmi les élèves et les instituteurs.  L’un d’eux, Driss Bel Khoudja, un garçon bête et fier, n’exhibait à chaque récréation pas seulement du pain, ce qui était déjà beaucoup, mais encore des gâteaux et des confiseries. Il s’adossait à un mur, ses hommes-liges autour de lui, et bâfrait posément. De temps en temps, quelqu’un se baissait pour ramasser des miettes qui tombaient. On n’avait jamais vu Driss faire le geste de donner : Omar ne comprenait pas pourquoi tous l’entouraient ainsi. Etait-ce l’obscur respect que leur inspirait un être qui mangeait chaque jour à sa faim ? Etaient-ils fascinés par la puissance sacrée, incarnée en cet enfant mou et sot ? Driss avait un camarade qui se chargeait de son sac en cuir, à broderie d’argent et d’or, à la sortie de quatre heures. D’autres, quand approchait l’heure d’entrer en classe, allaient le chercher et lui tenaient compagnie en chemin. Ils ne se séparaient de lui que lorsque la cloche sonnait. C’était à qui se mettrait à ses côtés, à qui poserait une main sur son épaule.  Il avait coutumes d’acheter ses tarraïcos (1), du calentica (2), des piroulis, il possédait même de l’argent ! Aux petits marchands qui s’installaient dans la rue noire d’écoliers, un peu avant une heure, il prenait cinq ou six cornets de torraïcos, distribuait un grain à chacun de ses compagnons. Si ceux-ci se plaignaient, ou se moquaient, il geignait plus fort qu’eux : 

-          Et moi, que vas-t-il me rester ? Vous voulez que je vous donne tout ?  Chaque matin invariablement, il racontait après s’être empiffré ce qu’il avait mangé la veille. Et, à la récréation de l’après-midi, son repas du jours. Il n’était question que de quartiers de mouton rôtis au four, de poulet, de couscous au beurre et au sucre, de gâteaux aux amandes et au miel dont on avait jamais entendu les noms : cela pouvait-il être vrai ? Il n’exagérait peut-être pas cet imbécile !… Les enfants, devant toutes ces victuailles qui hantaient ses discours, ébahis, demeuraient l’air perdu. Et lui, récitait toujours l’incroyable litanie des mets qu’il avait dégustés. Tous les yeux, levés vers lui le scrutaient bizarrement. Quelqu’un, haletant, hasardait :  -          Tu as mangé tout seul un morceau de viande grand comme ça ? -          J’ai mangé un morceau de viande grand comme ça. 

-          Et des pruneaux ? -          Et des pruneaux  -          Et de l’omelette aux pommes de terre ? 

-          Et de l’omelette aux pommes de terre.  -          Et des petits pois à la viande ? -          Et des petits pois à la viande. Et des bananes.  Celui qui avait posé ses questions se taisait. 

-          Et des bananes ?  (…) A peine s’emboîtèrent-ils dans leurs pupitres que le maître, d’une voix claironnante, respirer, les élèves se transformaient en de merveilleux santons. Mais en dépit de leur immobilité et de leur application, il flottait une joie légère, aérienne, dansante comme une lumière.              M. Hassan, satisfait, marcha jusqu’à son bureau, ou il feuilleta un gros cahier. Il proclama : 

- La Patrie.              L’indifférence accueillit cette nouvelle. On ne comprit pas. Le mot, campé en l’air, se balançait. -          Qui d’entre vous sait ce que veut dire : Patrie ?  Quelques remous troublèrent le calme de la classe. La baguette claqua sur un des pupitres, ramenant l’ordre. Les élèvent cherchèrent autour d’eux, leurs regards se promenèrent entre les tables, sur les murs, à travers les fenêtres, ai plafond, sur la figure du maître ; il apparut avec évidence qu’elle n’était pas là. Patrie n’était pas dans la classe. Les élèves se dévisagèrent certains se plaçaient hors du débat et patiente benoîtement. 

Brahim Bali pointa le doigt en l’air. Tiens, celui-là ! Il savait donc ? Bien sûr. Il redoublait, il était au courant.  -          La France est notre mère Patrie, ânonna Brahim. Son ton nasillard était celui que prenait tout élève pendant la lecture. Entendant cela, tous firent claquer leurs doigts, tous voulaient parler maintenant. Sans permission, ils répétèrent à l’envi la même phrase.  Les élèves serrés, Omar pétrissait une petite boule de pain dans sa bouche. La France, capital Paris. Il savait ça. Les Français qu’on aperçoit en ville, viennent de ce pays. Pour y aller ou en revenir, il faut traverser la mer, prendre le bateau… la mer : la mer Méditerranée. Jamais vu la mer, ni un bateau. Mais il sait : une très grande étendue d’eau salée et une sorte de planche flottante. La France, un dessin en plusieurs couleurs. Comment ce pays si lointain est-il sa mère ? Sa mère est à la maison, c’est Aïni ; il n’en a pas deux. Aïni n’est pas la France. Rien de commun. Omar venait de surprendre un mensonge. Patrie ou pas patrie, la France n’était pas sa mère. Il apprenait des mensonges pour éviter la fameuse baguette d’olivier. C’était ça les études. Les rédactions : décrivez une veillée au coin du feu… pour les mettre en train, M. Hassan leur faisait des lecture où il était question d’enfants qui penchent studieusement sur leurs livres. La lampe projette sa clarté sur la table. Papa enfoncé dans fauteuil, lit son journal et maman fait de la broderie. Alors Omar était obligé de mentir. Il complétait le feu qui flambe dans la cheminée, le tic tac de la pendule, la douce atmosphère du foyer pendant qu’il pleut, vent et fait nuit dehors. Ah ! Comme on se sent bien chez soi au coin du feu ! Ainsi : la maison de compagne où vous passez vos vacances. Le lierre grimpe sur la façade ; le ruisseau gazouille dans le pré voisin. L’air est projet urbain, quel bonheur de respirer à pleins poumons ! Ainsi : le laboureur. Joyeux, il pousse sa charrue en chantant, accompagnée par les trilles de l’alouette. Ainsi : la cuisine. Les rangées de casseroles sont si bien astiquées et si reluisantes qu’on peut s’y mirer. Ainsi : Noël. L’arbre de Noël qu’on plante chez soi, les fils d’or et d’argent, les boules multicolores, les jouets qu’on découvre dans ses chaussures. Ainsi, les gâteaux de l’Aïd-Seghir, le mouton qu’on égorge à l’Aïd-Kebir… ainsi la vie ! 

Les élèves entre eux disaient : celui qui sait le mieux mentir, le mieux arranger son mensonge, est le meilleur de la classe. »Extrait de La Grande Maison, Mohamed Dib, 1953 

(1)   Torraïcos : pois chiches grillés. (2)   Calentica : pâte faite avec de la farine de fèves ou de pois chiches. 

            Résumé Global de l’analyse

Analyse d’un extrait de La Grande Maison de Mohamed Dib 

L’auteur :  Mohammed DIB est né à Tlemcen,  dans l’Ouest de l’Algérie, le 21 juillet 1920, au sein d’une famille bourgoise ruinée,  Il  poursuit des études primaires et secondaires dans sa ville natale, Tlemcen,  puis à Oujda au Maroc. Jusqu’a l’âge de quinze ans, DIB écrit des poèmes et se livre à la peinture. Après il est nommé instituteur à la frontière algéro-marocaine. Puis il est comptable à Oujda dans les bureaux de l’armée, tandis que durant la Deuxième guerre mondiale il est interprète anglais français auprès des armées alliées.  De 1945 à 1947 de retour à sa ville natale, il dessine des maquettes de tapis. En 1950-51 il travaille au journal Alger républicain, écrivant également dans Liberté, journal du Parti communiste Algérien. C’est en 1952 que paraît « la grand maison »  son premier roman dont suivra après « l’incendie » et « le metier à tisser » sa célèbre trilogie. 

Mohammed DIB a débuté par des nouvelles et des poèmes du genre Surréaliste, et c’est le contexte que vivait l’Algérie à l’époque qui le poussa vers le réalisme en écrivant le roman national. Aragon disait  » L’Audace de Mohammed DIB c’est d’avoir entrepris comme si tout était résolu, l’aventure du roman national de l’Algérie ».  Après l’indépendance Mohammed Dib retourne au surréalisme à la mythologie, le roman de DIB est devenu plus mature aux proximités de l’Iliade nous entrevoyant les enfers Kafkaïens. Humaniste, l’écrivain touche le devenir de l’être humain au delà des frontières et des barrières.  La bibliographie : 

- La grande maison -roman -1952
-L’incendie – roman-1954
-Au café – nouvelle- 1957
-Le métier à tisser – roman-1957
-Baba fekran- contes-1959
-Ombre gardienne- poèmes- 1961
-Qui se souvient de la mèr-roman-1962
-Cours sur la rive sauvage- roman-1964
-Le talisman-nouvelles-1966
-La danse du roi- roman-1968
-Formulaires- poèmes-1970
-Le maître de chasse-roman-1973
-Dieu en barbarie-roman-1970
-L’histoire du chat qui boude-contes-1974
-Omneros- poèmes-1975
-Habel-roman-1977
-Feu beau feu- poèmes- 1979
-Mille hourras pour une guerre-théatre-1980
-les terrasses d’orsol -roman-1985
-O vive- poèmes-1987
-Le sommeil d’Eve-roman-1989
-Neiges de marbre-roman-1990
-L’infante Maure-roman-1994
-l’arbre à dires-roman-septembre 1998 

L’œuvre :               La Grande Maison parut en 1953, la même année que La Colline Oubliée de Mouloud Mammeri, et reçut un accueil très favorable auprès des milieux nationalistes qui virent dans la peinture crue des réalités quotidiennes le premier roman algérien engagé.                Par ailleurs, Maurice Nadeau, critique littéraire, normalien et professeur, écrit dans Le Mercure de France que Dib est de tous les romanciers nord-africain, « celui qui risque de nous toucher le plus ».             La Grande Maison a obtenue le Grand Prix Fénéon de la littérature.  Ancrage historique : 

              Dib situe l’action du roman en 1939. Ce dernier a été publié en 1953, dans l’immédiate avant-guerre, au moment où les bruits de sirène des exercices d’alerte emplissent déjà Tlemcen, où l’on parle de Hitler comme d’un sauveur des Arabes et où une ambiance de tension exacerbe les débats.                Pour le jeune Omar, le danger fait irruption dans une ville désertée suite aux hurlements des sirènes. Tandis qu’il court à travers les rues poursuivies par la silhouette du malheur.  Mohammed Dib nomme et décrit, donne un contour aux êtres et à leurs réalités quotidiennes. Roman-tribune qui plaide la cause du colonisé, de sa misère, de sa faim, la Grande Maison ne peut pourtant être réduit à un simple documentaire. Il est le théâtre de consciences naissantes qui s’arrachent à la torpeur, et dit la dépossession des êtres par le heurt de deux systèmes de référence. L’un, dominant, renvoie à un ailleurs et aliène la réalité; l’autre dominé, dégradé, ne parvient encore qu’à troubler le jeu — avant d’y porter l’«incendie». 

L’Extrait :  1- Mots difficiles :  Homme lige : Homme totalement dévoué Bâfrer : Manger goulûment et excessivement. Victuailles : Provisions daliments . Litanie : Enumération longue Trille : son, musique, air 

2- Quelques questions : - Quels sont les temps les plus utilisés dans cet extrait ? (Le passé simple pour l’action et l’imparfait pour la description). 

- Comment se place Omar dans cet Extrait ? (Comme un observateur).  -  Qui est Veste de Kaki ? Comment est-il présenté ? - Comment sont représentés les enfants de l’école ?  - Qui est Driss Belkhoudja ? Comment est-il présenté ? 

- Qui est Brahim Bali ? Comment est-il présenté ?  - Que peut-on conclure de la description de ces trois personnages ? Que représentent-ils ? Développez.  - Que se passe-t-il en classe ?  - Comment Omar régit-il à la notion de Patrie ? Comment la scène est-elle décrite ? 3- Résumé des thèmes abordés dans l’Extrait : 

Dans cet extrait de La Grande Maison (premier volet de la trilogie : La Grande Maison, L’incendie, le Métier à Tisser), il est avant tout question de dénoncer la misère et la pauvreté dont souffre quotidiennement le peuple algérien. Quoi de mieux qu’un échantillon d’enfants pour symboliser cet univers de déséquilibre dans les droits humains. Un déséquilibre tel que la description de veste de Kaki, l’un des enfants qui figure dans le passage, tend vers l’animalité et la déshumanisation.  Né parmi les pauvres, les tendances idéologiques de Mohammed Dib sont fidèlement reflétées dans la vie quotidienne des personnages de ce roman-tribune qui plaide la cause du colonisé. Roman qui baigne au cœur du réalisme et qui vise avant tout une prise de conscience collective de l’usurpation, de la vie, de la terre, de la patrie et de l’identité. Une prise de conscience d’une réalité de dominant et dominée qui donnera naissance à des revendications de plus en plus radicales dans le deuxième volet de la trilogie : L’Incendie. 

4 commentaires »

  1. DIAF Amina dit :

    j’ai apricié l’histoire et j’ai beaucoup aimé l’idée d’avoir créer ce blog.je vous remerci.

  2. CHOUAT dit :

    SVP J4AI BESOIN BEUUCOUP D4INFORMATIONS SUR LE PERSONNAGE OMAR DE LA GRANDE MAISON DE DIB AIDEZ MOI

  3. CHOUAT dit :

    SVP J4AI BESOIN BEUUCOUP D4INFORMATIONS SUR LE PERSONNAGE OMAR DE LA GRANDE MAISON DE DIB AIDEZ MOI

  4. djamouh fatima dit :

    je vous souhaite bcp de réussite

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